Derrière chaque rapatriement médical, il y a une personne qui n’est jamais dans l’avion, mais dont les décisions déterminent tout : l’équipe à bord, le matériel emporté, le moment du départ, et parfois, l’issue du transport. Chez Airmedic, cette responsabilité repose sur la coordonnatrice clinique. Anaïs Desautels incarne ce rôle stratégique au cœur des opérations.
Le rôle d’une coordonnatrice clinique chez Airmedic
Pour Anaïs, la meilleure façon de décrire son rôle est simple : être la personne ressource pour tout le côté médical d’un rapatriement.
« De l’évaluation du dossier avant le rapatriement, à la prise de rapport et à la coordination entre deux centres hospitaliers de deux pays différents. Durant la mission, nous sommes là pour les infirmiers sur le terrain pour régler les problèmes qui sont en lien avec le patient. C’est un rôle dans lequel il y a toujours des défis et qui est extrêmement stimulant. »
Concrètement, cela signifie évaluer la faisabilité d’un transport, structurer la mission, choisir les bonnes ressources humaines et matérielles. Cela implique également de soutenir les équipes en vol si la situation du patient évolue. De plus, chaque décision repose sur une communication rigoureuse et une analyse précise.
Un parcours terrain qui façonne la coordination aéromédicale
Avant d’évoluer en tant que coordonnatrice clinique, Anaïs a bâti une base solide sur le terrain. Elle cumule dix ans d’expérience comme infirmière, principalement aux soins intensifs, où elle a développé un jugement rapide et structuré face aux situations critiques.
C’est ensuite comme infirmière de vol qu’elle découvre une autre réalité. Celle des soins à 40 000 pieds, dans un espace confiné, loin de toute ressource hospitalière. En un an et demi, elle réalise 52 rapatriements dans 30 pays différents.
« Après un an et demi comme infirmière de vol à temps plein, je voulais voir un autre côté de ce domaine et jouer un rôle plus central dans les opérations aéromédicales. J’aime avoir une vue d’ensemble sur les opérations. »
Ce désir de vision globale et de leadership l’a naturellement amenée vers la coordination, et son expertise terrain a rapidement été reconnue. Elle s’est notamment vu confier l’élaboration d’une formation pour les nouvelles infirmières de vol ainsi que la révision du matériel envoyé en mission.
Lire entre les lignes : analyser un patient à distance
L’un des aspects les plus exigeants du rôle de coordonnatrice clinique est d’évaluer l’état d’un patient sans jamais le voir. Chaque dossier débute par une lecture attentive des notes médicales, suivie d’un rapport téléphonique auprès du centre traitant. Mais à l’international, obtenir une information fiable est en elle-même tout un défi.
En effet, la façon dont les soins sont organisés varie énormément d’un pays à l’autre. Les rôles des infirmières, médecins et autres professionnels de la santé ne sont pas les mêmes partout. À cela s’ajoutent les barrières linguistiques et la disponibilité parfois limitée des équipes sur place. Résultat : ce qu’on lit dans un dossier médical et ce qu’on apprend en parlant directement à l’équipe traitante peuvent être deux portraits très différents du même patient.
Face à ces obstacles, Anaïs adopte une approche proactive. Elle rappelle l’hôpital et cherche les informations manquantes. Si l’établissement tarde à collaborer, elle fait appel à la compagnie d’assurance qui finance le rapatriement, dont l’intervention débloque souvent la communication.
C’est ce croisement constant des sources qui permet de brosser un portrait fiable du patient avant même que l’avion décolle. Si des doutes persistent sur son état, Anaïs consulte les médecins administratifs de garde chez Airmedic. Plus l’information est précise, plus le plan de mission sera adapté à la réalité du patient.
Anticiper les risques d’un transport aéromédical
L’analyse clinique sert surtout à anticiper tout ce qui pourrait basculer en cours de route. Certains signaux influencent directement la décision.
« Si un patient a des besoins en oxygène trop élevés ou si son hémoglobine est trop basse, nous ne pourrons pas le rapatrier. Il faut d’abord remédier à ces problèmes. »
Toutefois, ces signaux ne mènent pas automatiquement à un refus de transport. Ils déclenchent plutôt un processus d’optimisation, en collaboration avec les médecins traitants et les médecins administratifs de garde chez Airmedic.
« Un no-go médical est temporaire. Nous réévaluons le patient dans 48h pour s’assurer de ne pas mettre le patient en danger. »
Face à la pression des familles ou aux délais commerciaux, la position d’Anaïs est claire :
« Il faut expliquer que nous devons prendre le temps qu’il faut pour l’évaluation et la préparation de la mission. Si nous ne faisons pas notre due diligence, nous pourrions mettre la vie du patient en danger. Ce ne serait donc pas dans l’intérêt de personne de couper les coins ronds. »
Une éthique professionnelle solide, alignée avec le code de déontologie de l’OIIQ, guide chaque décision, même quand l’urgence pousse à aller vite. Et dans les cas où l’optimisation demeure impossible, l’équipe travaille avec les partenaires et la famille pour établir un plan de prise en charge adapté, toujours dans le respect des volontés du patient.
Construire une mission sur mesure
Un portrait clinique fiable, c’est le point de départ. Ensuite, la coordination aéromédicale entre dans une phase concrète : structurer la mission.
Les ressources humaines
Le choix de l’équipe repose directement sur le profil clinique du patient. Chaque professionnel possède un parcours et des compétences spécifiques, soigneusement pris en compte dans l’attribution des missions. Anaïs s’assure d’envoyer la bonne combinaison — infirmière, inhalothérapeute, médecin — selon ce que la condition du patient exige.
« Si un patient est à risque de décompenser en altitude, je mets une équipe complète sur le vol. Si le patient a besoin d’oxygène, j’ai besoin d’un inhalothérapeute. Sur tous nos vols, nous avons une infirmière. »
Un briefing structuré est également organisé avant chaque départ. Un document de pré-évaluation qui résume le dossier médical et les rapports téléphoniques est remis à l’équipe médicale. Ainsi, ce moment permet d’anticiper les complications possibles et de définir différents plans d’intervention selon plusieurs scénarios.
Les ressources matérielles et la logistique
La préparation matérielle est tout aussi rigoureuse. À l’aide de la plateforme MyAirOps, la quantité de médicaments et l’autonomie en oxygène sont calculées en fonction de la durée totale de la prise en charge et des risques identifiés, depuis le chevet du patient jusqu’à la remise aux soins de l’hôpital receveur.
« À 40 000 pieds en altitude, on ne peut se permettre de manquer de matériel. »
Une fois l’équipe et le matériel confirmés, il reste encore une série d’obstacles concrets à surmonter avant le départ. Trouver un lit disponible dans l’hôpital qui accueillera le patient au Québec, composer avec les restrictions d’horaires des établissements, et s’adapter aux particularités du pays d’origine. La recherche de lit, notamment, est souvent ce qui mobilise le plus de temps.
Parfois, c’est l’environnement entier qui complique la coordination. Lors d’une mission au Sri Lanka, le décalage horaire ralentit les échanges, la logistique pour assurer la sécurité des infirmières de vol sur place est plus exigeante, et les pratiques médicales locales s’écartent des standards québécois. Certains conseils donnés au patient par l’hôpital local, comme sur la gestion de sa condition ou la prise de ses médicaments, ne correspondent pas à ce qui se pratique ici. L’équipe doit alors reprendre ces explications depuis le début.
« Il faut parfois déconstruire l’enseignement reçu à l’hôpital et refaire un enseignement au patient selon nos normes de soins. »
Le calme dans la tempête
Dans ce métier, les missions n’arrivent pas une à la fois. Plusieurs dossiers, plusieurs pays, plusieurs départs à coordonner en parallèle, c’est souvent la réalité du quotidien. Et c’est là que l’expérience des soins critiques prend tout son sens.
« Avec l’expérience en soins critiques, être calme dans la tempête est une qualité que j’ai acquise il y a bien des années. Je regarde rapidement chaque dossier et je les priorise selon leurs dates de départ et leur complexité. Je délègue les dossiers plus simples. »
Ainsi, la responsabilité d’une mission ne repose jamais sur une seule personne. En effet, elle s’appuie sur une équipe, des procédures solides et des mécanismes de soutien à chaque étape.
La coordination aéromédicale, c’est un métier qui ne s’improvise pas. Il se construit sur des années de terrain, une connaissance approfondie des réalités cliniques et une capacité à garder la tête froide quand la pression monte. Derrière chaque mission réussie, il y a une somme de décisions invisibles, prises rapidement, rigoureusement, et toujours dans l’intérêt du patient. C’est ce qu’Anaïs incarne, une mission à la fois.